Rodrigo Garcia mis en pièces
Rodrigo Garcia mis en pièces
La compagnie Akté du Havre présente un diptyque de Rodrigo Garcia la Manufacture, Borges/Goya.
On secondarise très souvent les textes de Rodrigo Garcia, pour ne privilégier que les images fortes et les scènes visuelles efficaces. C’est sans aucun doute l’une des sources profondes du malentendu avec certains spectateurs. Pourtant Garcia est un véritable écrivain. Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment ses textes passent la rampe lorsqu’ils sont réappropriées par d’autres metteurs en scène. On a pu en voir une belle démonstration à la Manufacture, où la compagnie Akté défend avec une belle énergie le diptyque Borges/Goya. Deux monologues qu’ils ont judicieusement mélangés, au point de les faire dialoguer sur la scène. Ces deux textes d’apparence autobiographique se trouvaient complètement déplacés de leur contexte d’origine, pour venir raconter la vie de deux jeunes garçons un peu perdus, mais qui se battent avec les mots de Garcia pour tenter de lui donner du sens, à cette vie perdue. Et ils y arrivent plutôt bien. Au plus loin d’une quelconque imitation du modèle scénique, les deux acteurs trouvent dans ces deux récits la matière de leur propre histoire artistique. Arnaud Troalic porte Borges en espagnol (avec un système de surtitrage ingénieux qu’il actionne lui-même depuis le plateau, en l’intégrant totalement à son jeu) et Julien Flament navigue en français dans le récit de Goya. Sans ketchup ni douche de coca-cola, le spectacle s’enfonce clairement dans les zones obscures de la mémoire intime qui nous relie à notre enfance. Et les deux fils de cette quête s’entrelacent, mêlant de plus en plus étroitement français et espagnol, au point de nous les rendre étrangement familiers. Comme s’ils atteignaient par les mots ce territoire enfoui que nous n’avons pas su préserver. L’enfance est sans aucun doute le cœur précieux de tout le théâtre de Rodrigo Garcia. Et ses textes ont encore de beaux jours devant eux. Et nous avec eux.
Bruno Tackels
Le 12 juillet 2008
Borges vs Goya, de Rodrigo Garcia, mise en scène d’Arnaud Troalic, avec Arnaud Troalic et Julien Flament, à la Manufacture, à 15 heures.
le février 19, 2009 le 8:10
Je regrette de ne pas avoir vu ce spectacle mais je partage ton point de vue sur les textes de Rodrigo Garcia. Je trouve même que souvent ses mises en scène viennent un peu trop écrasées ses textes comme s’il craignait qu’on y voit du sensible… malgré lui peut-être ce sensible est pourtant bien là, et d’une puissance qui questionne plus profondément le monde et l’homme que ses mises en scène…