Les nouvelles ne sont pas très bonnes mais


Editorial par Bruno Tackels

Publié dans Uncategorized par tackelsbruno le juillet 3, 2008

La période des Festivals qui s’ouvre, le plus gros marronnier de l’année. Passage obligée pour les journaux et magazines : rendre compte d’un sujet qui ne varie que très peu d’une année à l’autre, et qui oblige donc à un traitement arrangé à l’avance qu’aucune investigation ne viendra contredire. La palme des marronniers, de ce point de vue, revient sans aucun doute au Festival off d’Avignon. Les critiques et chroniqueurs se sentent obligés de le « traiter », de l’évoquer, d’en penser quelque chose, et c’est presque invariablement dans les mêmes termes qu’on pourra lire : « le off plus grand théâtre du off », une offre pléthorique », « la jungle du off », « la jungle inextricable du off », « le off, grand marché du théâtre », « le off à boire et à manger », « le off grand bateau à la dérive », « le off, immense capharnaüm théâtral », etc… Une fois soulignée l’incroyable diversité, voire la vertigineuse hétérogénéité de ce festival, on referme le chapitre, non sans avoir remarqué quelques « noms connus » dont on s’étonne un peu perfidement de la présence en une telle non-programmation, on referme prudemment le chapitre, et on passe au Festival « in », dont la programmation apparaît d’emblée comme lisible et prometteuse, porteuse de propositions clairement identifiées, que l’on pourra naturellement commenter confortablement.

Sans aucun doute le Festival off d’Avignon est inconfortable, comme l’était la position de ceux qui l’ont « inventé » il y a plus de quarante ans maintenant. Ils n’avaient d’ailleurs aucunement l’intention d’inventer quoi que ce soi, puisque leur seul souci, en réaction au monopole vilarien — qui n’était d’ailleurs déjà plus qu’un mythe, à cette époque, puisque Vilar lui-même, dix ans plus tôt, avait déjà parfaitement diagnostiqué la situation, et qu’il avait déjà largement encouragé l’ouverture du Festival d’Avignon à d’autres projets artistiques que le sien. Mais cela n’était sans doute pas suffisant, loin s’en faut, puisque des troupes d’Avignon au départ, ont revendiqué de jouer dans le Festival, mais en dehors du Festival. Ce paradoxe intial supposait donc qu’il n’y ait pas de « directeur », encore moins de direction artistique à cette initiative radicalement engagée et contestataire. L’esprit des origines est sans doute bien loin maintenant, diront les nostalgiques, il n’empêche que le off existe toujours, quarante ans plus tard, et qu’il n’a toujours aucune direction repérée, sinon le désir de venir faire théâtre en cette ville, durant le mois de juillet. Et le public ne s’y trompe pas, puisqu’il y ava, massivement, et qu’il n’a pas peur, lui, de partir à l’aventure, dans les ruelles de la Cité des Papes, à la recherche d’une petite pépite théâtrale. Et il y en a, c’est incontestable, chaque année,de ces pépites qui gisent, prises dans la mêlée de ces centaines de spectacles qui se chevauchent et se relaient sans relâche dans la nuit avignonnaise.

Alors pourquoi les critiques ne s’y collent-ils pas ? Comment expliquer leur désaffection de principe ? Il faut préciser que la presse régionale constitue une remarquable exception à cet état des lieux. La question de cet imposant massif inexploré me semble aujourd’hui incontournable, et dans le journal qui s’ouvre ici, je vais tenter d’y consigner quelques modestes traversées. Modestes, tant il est en effet impossible de tout « couvrir ». Et c’est cette évidence qui en décourage certainement plus d’un, convaincu que les incursions normales qu’un être humain peut faire dans ce festival (cinq spectacles durant trois semaines, et c’est déjà en réalité déjà surhumain !) sont dérisoires et incapables de rendre compte de ce qui s’y passe. La seule manière d’échapper à cette impression tétanisante est de s’autoriser la promenade, justement, et de se laisser aller à une véritable logique de flânerie. Ne rien préméditer, ne pas vouloir embrasser la totalité, refuser la tyrannie des noms propres, s’interdire tout jugement d’ensemble, et se laisser aller aux rencontres fortuites tel qu’elles se présentent. C’est dans cet esprit que ces chroniques se laisseront guider, de salle en salle, au gré des lumières et des voix. Bruno Tackles, le 4 juillet 2008

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