Editorial par Bruno TACKELS
Journal du off
La période des Festivals qui s’ouvre, le plus gros marronnier de l’année. Passage obligée pour les journaux et magazines : rendre compte d’un sujet qui ne varie que très peu d’une année à l’autre, et qui oblige donc à un traitement arrangé à l’avance qu’aucune investigation ne viendra contredire. La palme des marronniers, de ce point de vue, revient sans aucun doute au Festival off d’Avignon. Les critiques et chroniqueurs se sentent obligés de le « traiter », de l’évoquer, d’en penser quelque chose, et c’est presque invariablement dans les mêmes termes qu’on pourra lire : « le off plus grand théâtre du off », une offre pléthorique », « la jungle du off », « la jungle inextricable du off », « le off, grand marché du théâtre », « le off à boire et à manger », « le off grand bateau à la dérive », « le off, immense capharnaüm théâtral », etc… Une fois soulignée l’incroyable diversité, voire la vertigineuse hétérogénéité de ce festival, on referme le chapitre, non sans avoir remarqué quelques « noms connus » dont on s’étonne un peu perfidement de la présence en une telle non-programmation, on referme prudemment le chapitre, et on passe au Festival « in », dont la programmation apparaît d’emblée comme lisible et prometteuse, porteuse de propositions clairement identifiées, que l’on pourra naturellement commenter confortablement.
Sans aucun doute le Festival off d’Avignon est inconfortable, comme l’était la position de ceux qui l’ont « inventé » il y a plus de quarante ans maintenant. Ils n’avaient d’ailleurs aucunement l’intention d’inventer quoi que ce soi, puisque leur seul souci, en réaction au monopole vilarien — qui n’était d’ailleurs déjà plus qu’un mythe, à cette époque, puisque Vilar lui-même, dix ans plus tôt, avait déjà parfaitement diagnostiqué la situation, et qu’il avait déjà largement encouragé l’ouverture du Festival d’Avignon à d’autres projets artistiques que le sien. Mais cela n’était sans doute pas suffisant, loin s’en faut, puisque des troupes d’Avignon au départ, ont revendiqué de jouer dans le Festival, mais en dehors du Festival. Ce paradoxe intial supposait donc qu’il n’y ait pas de « directeur », encore moins de direction artistique à cette initiative radicalement engagée et contestataire. L’esprit des origines est sans doute bien loin maintenant, diront les nostalgiques, il n’empêche que le off existe toujours, quarante ans plus tard, et qu’il n’a toujours aucune direction repérée, sinon le désir de venir faire théâtre en cette ville, durant le mois de juillet. Et le public ne s’y trompe pas, puisqu’il y ava, massivement, et qu’il n’a pas peur, lui, de partir à l’aventure, dans les ruelles de la Cité des Papes, à la recherche d’une petite pépite théâtrale. Et il y en a, c’est incontestable, chaque année,de ces pépites qui gisent, prises dans la mêlée de ces centaines de spectacles qui se chevauchent et se relaient sans relâche dans la nuit avignonnaise.
Alors pourquoi les critiques ne s’y collent-ils pas ? Comment expliquer leur désaffection de principe ? Il faut préciser que la presse régionale constitue une remarquable exception à cet état des lieux. La question de cet imposant massif inexploré me semble aujourd’hui incontournable, et dans le journal qui s’ouvre ici, je vais tenter d’y consigner quelques modestes traversées. Modestes, tant il est en effet impossible de tout « couvrir ». Et c’est cette évidence qui en décourage certainement plus d’un, convaincu que les incursions normales qu’un être humain peut faire dans ce festival (cinq spectacles durant trois semaines, et c’est déjà en réalité déjà surhumain !) sont dérisoires et incapables de rendre compte de ce qui s’y passe. La seule manière d’échapper à cette impression tétanisante est de s’autoriser la promenade, justement, et de se laisser aller à une véritable logique de flânerie. Ne rien préméditer, ne pas vouloir embrasser la totalité, refuser la tyrannie des noms propres, s’interdire tout jugement d’ensemble, et se laisser aller aux rencontres fortuites tel qu’elles se présentent. C’est dans cet esprit que ces chroniques se laisseront guider, de salle en salle, au gré des lumières et des voix.
Avignon le 4 juillet 2008
Bruno TACKELS
le juillet 3, 2008 le 8:41
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le juillet 15, 2008 le 10:51
Bonjour,
En effet, le diagnostique du off est plus que préoccupant, même une bonne chimio ne changerai peut-être pas grand chose.
Je ne viens pas ici pour une analyse, mais indiquer les rares pièces qui m’ont laissé un souvenir et donné une bouffée d’air dans cette “jungle”.
Je suis… de Alexis ARMENGOL à la Manufacture.
Sous le signe de l’autodérision, “Je suis…” est une provocation, une réflexion ludique sur le monde du spectacle et ses dérives. Entre les éditos de présentation de saison et la création artistique, quelle place est laissée aux spectateurs ?
Belle critique, mais va t-elle vraiment interpeller ? C’est à nous, maintenant, spectateurs et également programmateurs et autres institutionnels du spectacle vivant d’y réfléchir…
Cambrinus de Stephane Titelein à Présence Pasteur
Dans l’imaginaire des gens du Nord, Cambrinus, rubicond et rabelaisien, est à la bière ce que Bacchus est au vin. Autour des textes de Deulin, l’équipe propose un conte musical mené sur le ton de la farce. A la bonne vôtre!
Si vous avez envie de boire une bière pendant un spectacle sans prétention, allez-y.
Bon festival,
Joseph
Un spectateur qui doute aussi bien du Off que du In.
le juillet 17, 2008 le 6:09
Bonjour,
Tout à fait d’accord avec vous !!!
Je reviens d’Avignon où je n’ai vu que des spectacles du Off… Et des pépites, il y en a eu. Je vous propose 3 spectacles (d’auteurs contemporains) :
>Kiwi de Daniel Danis à La Manufacture
Une belle interrogation sur le statut de l’image… 2 grands écrans vidéos qui montre les comédiens filmés dans le noir. Un dispositif intéressant qui m’a rappelé l’inquiétante étrangeté de Freud… Quelque chose qui parait si proche de nous et qui est pourtant si loin…
>Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis de Jean-Marie Piemme – création du Théâtre National de Bruxelles
Au Théâtre des Doms
Très bon spectacle… Efficace, drôle, intelligent à l’image du texte.
>A tous ceux qui de Noëlle Renaude par le collectif Nagananda à L’espace Alya
Mon coup de coeur ! Le texte est vraiment mis en avant, servis par l’enthousiasme vivifiant de 6 jeunes comédiens. A NE PAS RATER…
Je vais suivre votre blog avec attention… Merci de nous faire vivre autre chose que le In d’Avignon !
Georges BRAY
Aneth – Aux Nouvelles Ecritures Théâtrales
le juillet 22, 2008 le 12:38
Souvenir d’enfance, à Avignon, ici d’origine, en 1970. Dans les rues, c’est une grande fête pour moi et ma meilleure amie, et d’autres enfants de mon âge. Autour des représentations en lieu fermé, quelques jours avant, des défilés de Sienois et de gardes du Palais moyennageux, sonores de cors brillants rappellent aux modes la jupette colorée pour les hommes des temps passés. Des camionnettes pleines de bonbons jettés si on les suit dans les rues, dans leur ralenti, par les battants de leurs portes arrières ouvertes. Des travailleurs, des employés aux barrières, des organisateurs, des acteurs, des enfants lachés à la course aux cotillons et fanfares défoulent leurs joies. Le festival n’est “ni in-out, ni on-off”. C’est la tradition du trouvère, du troubadour d’entrer en cité avec force présence et liesse… et d’activer le désir du partage… Les enfants des rues jouent des morceaux soufflés par les grands acteurs qui s’amusent aussi du spontané ludique…. la population prend sa part de respiration, son envie de jeu. et des vocations d’artiste s’eveillent ici, des nouveaux nomades de l’art à partir d’Avignon, des compagnies indépendantes sans lieu en sont nées, aussi. Et aujourd’hui, les budgets locaux départementaux et régionaux de la culture ici, alimentent les festivals, comme alors point encore, et tout ce mouvement nomade de l’art de l’acteur… alors à quand une part, un lieu de diffusion ouvert pour les productions des compagnies locales indépendantes sans propriété de lieu fixe, hors des tarifications hallucinanctes des crénaux de location ! pour ceux qui travaillent au quotidien avec les populations d’Avignon sur les accès à la culture par la transmission, dans la plus grande des restrictions, et d’économie de moyens et dans l’absence d’intérêt et / ou de méconnaissance des hôtes de cet évènement d’appétit de vivre et de créer.
le juillet 23, 2008 le 4:50
Une chose mérite d’être ajoutée à propos du Off : il constitue le fond commun de la programmation théâtrale des villes de France (bien plus que le In !). Si les journalistes “s’y perdent un peu”, les directeurs de programme doivent s’y retrouver…
Parmi nos “pépites” de spectateurs, nous pouvons signaler “Le tiroir à trésors”, du vrai spectacle “jeune public”, qui offre des pistes des réflexion aux enfants, tout en les embarquant dans un univers poétique. (A l’espace Alya)
le août 1, 2008 le 4:15
Il arrive quand même que la critique descende dans le off. La preuve : les chroniques mises en ligne sur Rue du Théâtre par des professionnels. Sans réussir à tout voir, il y a une centaine de pièces analysées. Davantage que dans la presse écrite qui laisse de moins en moins de place au spectacle vivant.